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À chacun son défi

publié le 14 juil. 2016 à 13:49 par Marc-André Genest   [ mis à jour le·21 juil. 2016 à 08:07 par Marie-Sophie L'Heureux ]
Texte : Marc-André Genest
Révision : Marie-Sophie L’Heureux


« Oui, mais moi, je fais seulement l’aller Montréal-Québec, je ne reviens pas le lendemain comme toi, là… »


Cette phrase, que j’ai entendue lors de notre classique annuelle Montréal-Québec de l’an dernier, me met mal à l’aise. Rouler 275 km de vélo en une seule journée est un véritable exploit physique et mental que très peu de personnes osent faire. Cette année-là, j’avais pour projet de faire le retour à vélo, de Québec à Montréal, le lendemain matin. La personne qui a prononcé ces mots comparait son aventure à celle que je m’apprêtais à faire. Savoir que certains minimisent leur exploit personnel en se comparant à moi m’attriste, car la première fois que j’ai effectué cette distance, en septembre 2005, ce défi m’a demandé un effort dont je me souviens encore et qui m’a laissé dans un état de fatigue et de douleur extrêmes. C’était, pour moi, un défi hors-norme dont j’ai été très fier. Je n’aurais pas aimé qu’on minimise mon exploit en me comparant à quelqu’un qui en a fait plus ou qui compte en faire plus.

« Pourquoi je fais ça ?! »

Cette question, je me la suis posée plusieurs fois le premier juillet dernier, alors que je roulais 380 km, vent de face, par-delà les Montagnes Blanches vers Old Orchard avec mon ami Christian (et mon amie Marie-Sophie, qui en a fait un bon bout aussi). Une folie de quinze heures en selle avec près de 4000 mètres de dénivelé. Rouler du lever au coucher du soleil, la belle idée, toi ! Une torture auto-infligée ! Cela m’a permis de retrouver les sensations de mon premier Montréal-Québec. Je n’avais alors pas de réponse à la question « Pourquoi je fais ça ? »

La réponse m’est venue le lendemain. Le rush d’endorphines... lequel a bien duré deux jours ! L’intensité du plaisir dans l’immobilité et le repos. Surtout, le sentiment d’avoir appris quelque chose de moi… La découverte et la connaissance de soi sont des éléments non négligeables dans cette rocambolesque équation. Pour moi, du moins. Donc : pourquoi je fais ça ? Parce que c’est possible ! Et aussi, pour en savoir toujours un peu plus sur moi-même.

Du sport, pas de la compétition

Avec les années, ça devenait de plus en plus important pour moi d’écrire ce billet. Je voulais mettre l’accent sur le caractère sportif de notre beau club. Sportif, pas compétitif! Le sport, c’est une affaire personnelle. C’est simplement de dépasser ses propres limites. On dit ça tout le temps, mais je souhaite que les gens incarnent vraiment cette pensée dans leur vie. On s’en porterait tous mieux si on acceptait qui on est et où on en est, sans se comparer aux autres. Dans tous les domaines, il y aura toujours quelqu’un de plus fort que soi. Et faut pas virer fou avec ça !

Il est facile de tomber dans le piège des comparaisons. On vit dans une société de performance. Mais on a tous des caractéristiques uniques, des qualités, des défauts, des préférences et des limites qui font qu’on est la personne, le sportif que l’on est. En plus, de jour en jour, on n’est jamais la même personne. Il y a des jours où on est en forme, d’autres où on l’est moins. Il peut donc être intéressant de se comparer dans la mesure où cela inspire et apporte une motivation supplémentaire pour nous améliorer, mais pas pour définir sa valeur. On n’aura pas plus de valeur parce qu’on a fait l’aller-retour Montréal-Québec plutôt que « juste » l’aller. Ce qu’il faut valoriser, c’est l’effort, pas le résultat. Vraiment, c’est important. Par exemple, pour quelqu’un qui réapprend à marcher, faire cinq pas sans tomber sera un exploit pour lui. L’effort demandé sera aussi grand que de courir 10 km pour un autre. Ça prend seulement des défis à sa mesure… et à ses envies, surtout !

« Plus vite, plus haut, plus fort »

Au Musée olympique de Lausanne, en Suisse, où siège le Comité international olympique (CIO), on explique que la devise olympique — « Plus vite, plus haut plus fort » — exprime bien sûr l’excellence, mais on précise que cette excellence n’est pas celle qui glorifie la performance ou la victoire, mais celle qui permet de donner le meilleur de soi-même, de progresser, de se dépasser au quotidien, dans le stade comme dans la vie.

Alors... soyez fiers de vous, mes amis ! Soyez fiers de vos efforts, quels qu’ils soient ! Ne donnez pas trop d’importance aux groupes de vitesses, aux kilomètres parcourus, à la puissance, aux résultats… même si, comme moi, il vous arrive parfois d’être des disciples de Strava ;)

Sportivement vôtre,
Marc-André