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L'histoire d'un amour...

publié le 12 juil. 2013 à 11:45 par Club Cycliste Cycle Pop   [ mis à jour : 13 janv. 2014 à 13:53 ]

Marie-Sophie L'Heureux @mslheureux | 12 juillet 2013

C'est l'histoire d'un amour...

Ce n'est pas un titre très catchy, je l'admets. C'est même un titre assez cucul merci. Mais vous comprendrez. Ça parle de vélo, de relations, d'obstacles, d'un gars, d'une fille pis d'une gang... et de beaucoup, beaucoup de love.

Alors vous êtes prévenus : ce texte n'est pas un texte portant sur l'une ou l'autre des extraordinaires performances sportives de notre nouvelle équipe de feu (que j'ai malgré tout envie d'applaudir une fois de plus au passage). Méga clap-clap-clap.

Si vous comptez donc y trouver le récit enlevant d'une fulgurante Natacha, d'un puissant Martin, d'une étonnante Zoé, d'une tenace Sarah, d'une Marie-Ève Dynamo-Daunais, de MarcO Les Mollets, d'un Road Eater Souk, d'un fast and furious Red Fantôme ou d'un téméraire-mais-pas-d'bib Bertrand (cheers, Bert!), ce texte n'est pas pour vous.

La vente de Géant Gilles

Après trois ans de loyaux services, j'ai vendu mon bleu Géant Gilles. Ta-dam!

Quoi de plus banal que la vente d'un article de sport sur Kijiji? Quoi de plus ordinaire que la vente de son « vieux-mais-pas-si-vieux vélo », surtout quand on a en sa possession une rutilante monture? Ben rien. Parce qu'à première vue, c'est la chose la plus ordinaire du monde, non? On vend ses vieux biens, on en achète de nouveaux et puis voilà. C'est tout. La Terre tourne sur elle-même, le ciel est bleu et Justin Trudeau ou Stephen Harper sera le prochain PM du Canada (au secours!)...

Pourtant, quand j'ai vu cette dame de Lavaltrie me tendre ses sept billets de 100 dollars et partir, avec MA monture bleue à son bras, MON premier vélo de route, riez, mais j'ai ressenti quelque chose de bizarre. Comme quand on doit se détacher à contrecœur de quelqu'un ou d'un animal de compagnie, parce qu'on sait que la vie, ben c'est d'même... Faut passer à autre chose parfois.

Non, mais ! M'entendez-vous parler? N'est-ce pas ridicule de parler de la sorte d'un objet, aussi utile et agréable soit-il? J'ai toujours été contre le profond attachement aux bébelles, aux gadgets et aux objets inanimés (ou à ceux animés par la puissance de mon coup de pédale)! Je ne comprenais pas mon malaise, ce sentiment de léger déchirement. Drama all-the-way. J'allais comprendre pas longtemps après...

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Pas sportive pour deux cennes

Je ne suis pas sportive. Hayïs ça. Pas dans ma culture familiale. Et quand le Créateur est passé sur Terre et a distribué le gène du sportif et celui de la dureté du mental, j'étais probablement en train de siroter un bon Bowmore de 12 ans d'âge et ai manqué ce moment important dont j'aurais vraiment dû être. Douée à la petite école et au secondaire en pas mal tout... sauf en éduc. Salement incrustée en moi, l'idée que je ne serai JA-MAIS sportive. Que moi, ce que j'aime, au plus naturel de ce que je suis, c'est le théâtre, chanter, les arts, la musique, la bouffe, le cinéma, les pique-niques, jouer au frisbee, boire un (des) verre, monter des shows, écrire, lire et (over)penser. Le sport, très peu pour moi. Non, je n'en ferai jamais. La danse, passe encore. La course à pied, no f**** way. Chaque fois que j'ai essayé de faire du sport, j'ai lâché après une grosse semaine, sacrant après tous ces extatiques de la pulsation cardiaque qui capotent parce qu'ils ont fait 10 km de course à pied et qui se sentent « Oh my God! Tellement bien après! » Yeah right. Trouve-moi le bien, Fille, qu'il y a à s'échiner et à avoir mal de même en montant une côte de 9 %. Fille sensible. Fille douillette. Fille peu tolérante à la douleur. Fille peu habituée au sport, disais-je donc.

Sauf que tu n'as pas toujours 5, 10, 15 ou 25 ans. Un jour, vers la fin de sa trentaine, tu vois ton père, ancien lifeguard tout en muscles de la plage d'Oka, se mettre à grossir. Puis à grossir encore plus. Diabète 2. Puis à devenir énorme pour de bon. Tu sais qu'il est médecin et qu'il devrait comprendre que c'est pas winner de se laisser aller ainsi. Tu ne comprends pas. Tu te demandes sans arrêt pourquoi il ne fait rien. Qu'est-ce qui lui tient si peu à coeur pour courir le risque de mourir prématurément? Tu te doutes que ce n'est pas une question de volonté. Ou de connaissances. Qu'il aime la bonne chère et qu'il a probablement juste mis le doigt dans un engrenage émotif qui lui a fait bouffer tout ce qui lui tombe sous la main. Tu ne lui en veux pas trop, parce qu'on a tous nos vulnérabilités, mais tu ne veux pas tomber dans le même panneau. Parce que tu te connais. Tu sais que t'es souvent comme lui.

Et là, tu te jures que tu ne feras pas ça. Que, TOI, tu vas essayer de prévenir la chose! Que comme tout bon enfant, toi, TOI, « tu ne feras pas comme tes parents »! Ahem...

Son amour sur deux roues

Ton chum de l'époque fait ben du vélo. Ben du vélo. Depuis deux ans. Et souvent, on dira ce qu'on voudra, mais l'amour reste un puissant moteur et une très grande source de motivation pour bien des choses dans la vie. Et il pédalait alors en masse, le chum. Tous les jours, tout le temps, depuis deux étés. Disons que ça encourage à vouloir frencher plus que juste la bouche du cycliste. Rendu là, tu te dis — à tort ou à raison — qu'il faudrait peut-être que tu frenches aussi le cyclisme. Tant qu'à te trouver un sport...

Voilà. T'as décidé que tu devais te trouver un sport et ton chum pédale sans arrêt. Qu'est-ce que tu fais? Tu joins l'utile à l'agréable et... tu t'inscris dans ce club dont le nom évoque l'ex-URSS. T'as un vélo bleu en alu, acheté en 2010 chez Primeau pour pouvoir te rendre au boulot du Plateau à Saint-Lambert, qui fera en masse la job...

J'ai joint le CCCP l'an dernier. Moi, Marie-Sophie L'Heureux, l'anti-sportive de naissance, qui voit le sport comme une dernière nécessité, un simple « médicament préventif » pour ne pas tomber malade, une chose inutile dont je n'ai vraiment pas besoin pour être heureuse, moi, la critique gastronomique qui mange des pâtes que je ne suis pas habituée de dépenser, je me suis inscrite dans un club cyclo-socio-sportif...-épicurien (quand même... y'a toujours ben une limite à être maso!).

Le début d'un autre amour

Le premier jour, un peu nerveuse à l'idée que l'on rit de tes piètres performances sportives (pas le choix, t'as encore en tête l'image du gros Guillaume en 5e année qui te disait de dégager parce que tu gênais le jeu de ballon-chasseur plus que tu ne l'aidais, toi, la c**isse de bollée qui ne sait pas mettre un pied devant l'autre...), tu prends ton courage à deux mains et tu t'en vas, jour 1, groupe 1, ton suit de vélo su' l dos, à Victoriaville, et tu roules avec Stéphanie, Zoé (oui, oui, la même qui fait de la course maintenant! Est top, notre Zoé!)... et tout le reste de cette belle gang du CCCP.

Tu passes ton été à faire du vélo. Première année : 3000 km. Tu découvres des routes et des gens. C'est difficile les premiers temps. Tes genoux ont maaaal lors de la ride Montréal-Québec, faque tu lâches en cours de route, après 175 km. T'as tellement roulé pour un premier été ! T'as « suivi » ton chum dans toutes ses sorties, même s'il est dans le groupe 4 et toi, dans le groupe 1. Le lièvre et la tortue, c'était nous ça. Un des plus rapides du CCCP et la plus slow du même club. T'as pas toujours envie d'y aller. T'as souvent (presque tout le temps) envie de lâcher. Mais tu vas quand même en vacances au Cap Breton avec ton chum pour pédaler. Chaque fois que l'ombre d'une côte de 3 % et plus se dessine à l'horizon, tu te dis : « Cibole! Mais pourquoi est-ce que je suis ici déjà? Faut que je l'aime en maudit, lui, pour aller à ce point contre ma propre nature ! »

Mais y'a pas que ça...

Y'a que si les larmes te montent souvent aux yeux pendant la montée d'une côte du Vermont ou de Morin Heights, y'a que si tu te bats autant contre toi et que tu continues à pédaler, même à 6 km/h, ce n'est pas juste par amour pour un gars. C'est aussi parce que tu sais que tu détestes être éternellement mauvaise dans quelque chose. Que c'est assez, que ça a assez duré. Que t'as beau avoir un tempérament artistique, ce n'est pas une raison pour rester toute ta vie assise sur tes jambons. Tu sais que, tôt ou tard, dans la vie, il faut arrêter de se donner des excuses et apprendre à sortir de sa zone de confort pour aller à sa propre rencontre. Pour apprendre de quel bois on se chauffe, pour savoir de quel bois on est véritablement fait (ou de quel carbone, diront certains!). Pour certains, c'est apprendre à chanter parce qu'ils en rêvent depuis toujours. Pour d'autres, c'est d'être capable de monter Sommet Trinité et la Corniche les doigts dans le nez. Chacun son Graal.

Mais y'a pas que ça...

Y'a aussi que tu te fais des amis. Beaucoup d'amis. De bons amis. Tes meilleurs amis? Peut-être pas, mais de sacrés bons amis, pareil!

Tellement de bons amis qu'à la fin de l'été, quand t'as fini par te séparer de ton chum trois semaines avant ton mariage, c'est toute cette belle et déjantée gang de joyeux lurons et de joyeuses luronnes qui t'a épaulée, qui t'a carrément permis de survivre à cette cochonnerie de séparation-là. Un à un, une à une, chacun et chacune à sa façon. On t'aide à repeindre ton chez-toi, on te sort, on t'emmène prendre un verre, on t'invite à luncher, à souper. Rien à voir avec le vélo. Même si t'es au pire de ta condition physique et mentale, que tu les connais depuis un été seulement et que tu ne sais pas pantoute où ta vie s'en va, t'es sûre d'une chose : du CCCP, tu seras encore l'année suivante.

Sans rentrer dans les détails, le chum et moi sommes revenus ensemble deux mois plus tard. Et depuis, il s'est mis à la course à pied. Et depuis avril, il n'a fait du vélo que deux fois, et à assez basse vitesse. Ne le jugez pas. Il trouve plus de zénitude et de plaisir en ce moment à courir et à faire du sport sans tout son attirail de cycliste. Chaque temps son plaisir et chaque plaisir son temps.

Et moi, que pensiez-vous que j'allais faire alors, maintenant que le bien-aimé s'était mis à imiter Forrest Gump? Courir? Vraiment? Vous ne croyez pas que je devrais avoir appris de mes « erreurs »?

Hé bien oui, je cours. Un peu. Mais seulement quand il pleut et que je ne peux pas rouler. And that's it.

Se voir au-delà de soi

Le chum a eu l'air plutôt surpris de me voir retourner au club sans lui et que je décide de m'acheter un « vrai » vélo (en passant, toujours bon de faire ses classes avec un vélo en alu... mais bon sang que c'est une délivrance quand on passe au carbone! Wow!). Mais j'ai trouvé mon sport. Au-delà de l'amour initial, celui que j'avais pour un homme, qui m'y a menée, j'ai trouvé mon sport. Ou du moins, un sport que j'aime. Parce que j'ai aussi découvert l'entraînement en salle avec un entraîneur et le yoga. Et c'est pas mal cool, ça aussi. Oh! J'aimerai toujours beaucoup la bouffe, comme mon père, et j'aurai toujours un plus fort penchant pour les plaisirs tranquilles et les arts de la scène. Mais pareil. C'est toute une affaire de se découvrir, 30 ans passés, des capacités sportives. Et de sentir qu'on veut continuer dans cette nouvelle voie. Ce qui me fait dire que, bien souvent, les étiquettes, y'a que nous pour nous les appliquer dans le front, les endosser ou les refuser. Personne d'autre que vous n'a véritablement ce pouvoir.

Devrait-on par amour faire les choix qu'on ne ferait pas si on était juste « soi-même »? Parfois non. Parfois oui. On ne connait jamais l'issue d'un choix, quel qu'il soit. Parce qu'au final, c'est l'amour et la considération qu'on se porte à soi-même qui feront toute la différence.

Le sport, c'est cucul à dire, mais c'est comme l'amour et plein d'autres affaires. Parfois, y'a juste pas de coup de foudre au jour 1. Et tu ne sais pas trop pour quelle raison qui t'échappe, mais tu continues à la côtoyer, cette personne qui ne t'emballait pas tant que ça au départ. Puis, bien qu'imparfaite, tu lui découvres des qualités que tu trouves précieuses. Et même nécessaires à ton équilibre. Tu découvres qu'en effet, c'est vrai, elle n'est vraiment pas comme toi. Vous n'êtes pas vraiment pareils. Parfois, c'est chouette. Parfois, non. Tu découvres aussi qu'elle est capable de te faire solidement chi**. Mais t'es incapable de t'arrêter. Y'a une petite voix qui te dit : « Reste. Continue. Tu verras. Monte-la, ta côte. Franchis-le, ton conflit ». Et, parfois, si t'es assez chanceux et doué pour regarder la vie du bon côté, tu réalises que c'est bien plus grand que cet éclatant coup de foudre que t'imaginais dans tes rêves de ti-cul les plus fous. Le sport, c'est comme l'amour. Parfois, on aime du premier coup. Parfois, pas pantoute. Et parfois, c'est entre les deux et c'est très long à s'installer. Peu importe comment ça part, je ne vous apprends rien, c'est le voyage et l'arrivée-chips-et-bières-incluses qui comptent.

Pourquoi ai-je presque versé une larme en vendant mon vieux Giant bleu, alors que mon tout nouveau tout beau Tricky Trek rouge et blanc est dix fois plus-beau-plus-perfo-plus-toutte?

Parce que mon premier vélo évoque pour moi le début d'une rencontre, le début d'un autre amour : celle de Marie-Sophie-la-un-peu-plus-qu'avant-Sportive. L'impossibilité est devenue l'infini des possibilités. Victoire.

Vais-je faire beaucoup de vélo cette année? Oui. Mais pas autant que l'année dernière. 
Ma vie est désormais un équilibre fragile que je chéris jalousement.
Mais ça va être l'fun. Ben ben l'fun. Je vous en passe un (très long) papier! 

J'ai encore et toujours très hâte de tous vous revoir, chaque fois que j'enfourche Tricky Trek et que je m'en vais vous rejoindre au coin du dep, royaume cycliste s’il en est, avec ses chevelures en batailles, ses maillots trempés, ses « Miss Vickies Lime & Poivre », sa Boréale blonde, ses odeurs de sueur, de poutine et de gros bonheur sale.

Merci au CCCP d'exister et bravo pour ces dix années de franc succès! Je lui en souhaite dix autres!

Toujours trop sentimentalement vôtre,

MS