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Naissance d’une cycliste sur le chemin du Nordet

publié le 9 août 2013 à 06:49 par Club Cycliste Cycle Pop   [ mis à jour : 13 janv. 2014 à 13:45 ]
Geneviève Robitaille | 6 août 2013

Je voudrais d’abord dire un gros merci à Marie-Sophie: ton texte m’a inspiré. C’est en le lisant que j’ai réalisé qu’on avait tous une histoire à raconter et que le vélo était, pour plusieurs, plus qu’un simple sport. Le vélo est pour moi une source de dépassement, un signe de renaissance, un synonyme de liberté, de légèreté et de vulnérabilité.

Moi, mon vélo s’appelle Cécile!

J’ai commencé le vélo il y a quelques années, et comme la plupart des gens, j’ai commencé sur un vélo de montagne!
J’ai fait ma première sortie de vélo de montagne à Bromont, par une belle nuit noire, n’ayant que pour seule lumière ma lampe frontale! Évidemment les gens avec qui j’étais étaient tous beaucoup plus expérimentés que moi et surtout, beaucoup plus loin en avant! J’avais effectivement eu la brillante idée de me laisser convaincre d’aller descendre la montagne avec la gang avec qui je faisais du parachute… Erreur! Néanmoins, Je dois avouer que ce soir là, j’ai eu un excellent contact avec la nature; surtout avec les arbres et le sol boueux de la montagne! Disons par contre que mon premier contact avec le vélo n’a pas été un vif succès. La vie faisant bien les choses, je me suis fait voler mon vélo de montagne dès le début de la saison suivante! Entre vous et moi...je n’aurais pu espérer mieux! J’ai donc opté, par la suite, pour quelque chose de plus prudent: un vélo hybride! Fidèle à moi-même, j’ai commencé ma carrière “d’hybrideuse” sur une des plus grande piste cyclable du Québec: le Chemin du Nordet! Encore une fois j’ai usé de mon bon jugement et je me suis dit que je serais entre bonne main en suivant un autre groupe d’amis à moi dont la moitié s'entraînaient pour faire des Ironmans! Autre Erreur! J’ai dû rebrousser chemin au milieu de la première côte, j’étais verte et incapable de respirer. Je me rappelle même vaguement m’être ennuyée de mon vélo de montagne! Suivre ces gars là avec un vélo hybride (pas de clips!) n’était pas une tâche facile! En y repensant, c’était peut-être aussi le paquet de cigarette que je fumais chaque jour à l’époque qui me donnait ce teint verdâtre! J’ai donc longuement pesé le pour et le contre et après mure réflexion, j’ai pris la décision de m’acheter des souliers à clips! Malgré tous mes efforts, je n’y arrivais toujours pas; je ne pouvais pas les suivre. J’en suis même venue à détester le vélo. Mais j’y allais quand même… par acharnement vous direz… vous avez absolument raison! Je ne suis pas du genre à baisser les bras et le mot abandonné ne fait pas parti de mon vocabulaire! J’avais un chalet à St-Donat et à toutes les fins de semaine, pendant l’été, j’allais rouler sur le nordet. Une côte à la fois, un coup de pédale à la fois…toujours plus loin! À la fin de l’été, j’ai finalement réussis à le faire au complet...aller-retour!
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Après cet été sur le Nordet à suer ma vie sur mon vélo hybride, j’ai pris une décision, la meilleure décision de ma vie et de loin la plus brillante depuis ma carrière de jeune cycliste: celle d’arrêté de fumer! C’était la cigarette ou le vélo, et il y a presque 6 ans, j’ai choisi le vélo! C’est à partir de là que tout à changé! J’ai commencé le spinning l’hiver, et l’été d’après, quand je suis retourné sur le Nordet, c’était étrangement plus facile. J’étais encore la dernière... loin... loin derrière, mais je suivais! À l’époque j’étais encore étudiante, je finissais mon PhD et l’idée de m’acheter un vélo de route était financièrement impossible. J’en rêvais et je chérissais amoureusement cette idée, mais rêver était, à l’époque, la seule chose que je pouvais me permettre! C’est également à cette époque que ma grand-mère est tombée gravement malade. C’était la meilleure grand-maman du monde! Avant de mourir, elle m’a donné un cadeau pour me féliciter d’avoir fini mes études. J’avais enfin terminé mon doctorat! Pour elle, c’était un petit héritage bien modeste. Elle m’a dit : achètes-toi quelque chose qui te fera plaisir, quelque chose qui te ressemble, qui te permettra de continuer à te dépasser, d’avancer et d’aller toujours plus loin. Trouver quelque chose qui rencontre tous ces critères n’est pas facile, mais moi, je savais exactement quoi faire de cet argent! Cet héritage a été pour moi le début d’une longue histoire d’amour! Je suis allé chercher MON premier vélo de route; mon Cannondale rouge et blanc: Cécile! Depuis 2010, Cécile à fait tout près de 14 000 km. On a roulé ensemble partout à travers le Québec et j’essais de lui faire visiter le plus de régions possibles. Un jour j’amènerai Cécile en Europe voir l’Italie, la toscane, l’Espagne! Aujourd’hui je pourrais m’acheter un vélo plus léger et plus performant, mais je ne veux pas me séparer de Cécile... pas maintenant!

Quand j’ai eu Cécile, je roulais avec mon chum de l’époque. Il était l’homme en charge de trouver les routes, de gonfler mes pneus, de réparer ma chaîne, d’ajuster mes vitesses. Tout ce que j’avais à faire c’était d’embarquer sur mon vélo et de le suivre! Quand la relation s’est terminée j’étais un peu perdue et j’avais l’étrange sentiment de ne plus jamais pouvoir re-faire du vélo! Je n’étais, disons, pas tellement autonome de la crevaison et je ne savais pas du tout où aller rouler! J’ai passé quelques semaines à errer sur la voie maritime, à tourner en rond au Circuit Gilles Villeneuve et à monter Camilien-Houde, avec ma carte de crédit; prête à sauter dans le premier taxi et avec mon cellulaire; prête à appeler mon père pour qu’il vienne me chercher. Ma plus grande crainte : me retrouver seule... perdu en vélo… ou pire encore… avoir une crevaison et devoir changer un pneu! Dans un élan de lucidité, je me suis inscrite à un cours de mécanique de vélo et je me suis mis dans la tête de me trouver un club! Ayant le cœur en mille morceaux, la confiance à zéro et n’ayant pas la gente masculine comme priorité no.1, j’ai alors opté pour un club de filles. Re-re-Erreur! Je n’étais pas prête à affronter la compétition générer par la testostérone, mais j’étais loin de me douter qu’une gang de fille pouvait parfois être encore pire! C’est alors que j’ai entendu parler du CCCP (drôle de nom pour un club de vélo… Ils ont un kit rouge en plus… weird... peut-être que le propriétaire est russe!!). Je suis donc allé au magasin pour m’inscrire et j’ai rencontré Bob, le propriétaire (non…il n’est pas russe…Très drôle il a le même nom que mon chien!!). Bob m’a trouvé un peu trop motivé… Nous étions début novembre et la saison venait à peine de se terminée! Je voulais être certaine d’avoir une place pour la saison suivante. Il avait raison, j’étais hyper motivée! Pas question de passer l’été suivant à rouler sur le CGV et surtout: pas question de retourner dans ce groupe de fille!

Ma première saison avec le club a été pour moi un tournant et une sorte de renaissance! Vous m’avez aidé à me relever, à me retrouver et à me dépasser. J’ai réussis des choses que je ne pensais jamais être capable de faire. Vous m’avez aidé à retrouver la confiance que j’avais perdu, vous m’avez donné le goût de continuer, d’aller plus loin et de toujours m’améliorer. Vous m’avez accueilli et accepté! Mais le plus beaux dans tout ca, j’ai découvert des co-chambreurs formidables, des chefs de pelotons incroyables, des partenaires de vélo irremplaçables et surtout de précieuses amitiés! Merci à tous ceux qui m’ont fait rire et à tous ceux avec qui j’ai roulé. Sans le savoir, vous m’avez tous beaucoup aidé. J’ai enfin trouvé un club qui me ressemble et avec qui j’ai envie de rouler pour les 10 prochaines années!

 

Mission accomplie grand-maman! J’ai trouvé quelque chose qui me permet de me dépasser et d’aller toujours plus loin… Et le plus beau dans tous ça, c’est qu’à chaque fois, J’ai l’impression que tu roules avec moi!


Il y a deux semaines avait lieu la mensuelle des Laurentides (La 50ième sortie mensuelle du Club. Bravo Bob!). Le fait d’y participer était pour moi évident, non pas seulement parce que je suis rendue accro aux sorties mensuelles, mais bien parce que nous allions rouler sur le Nordet, et pour moi, c’est là où tout à commencé! Chaque fois que j’embarque sur cette route, je ressens toujours cette même fébrilité. Je retrouve toujours les mêmes petits papillons dans le ventre. J’ai même l’impression qu’ils m’attendent à chaque fois! Dès que je commence à rouler, la fébrilité disparaît peu à peu et fait place tranquillement au sentiment de liberté et de légèreté. J’aime entendre le bruit des roues sur l’asphalte. J’aime l’odeur du goudron. J’aime la vulnérabilité que je ressens à mesure que la vitesse augmente. J’aime sentir l’adrénaline qui coule dans mes veines lorsque mon odomètres dépasse les 60 km/h dans les descentes. J’aime la fierté que je ressens chaque fois que je suis rendue en haut d’une côte. Chaque fois, je suis envahie par le sentiment d’avoir accomplie quelque chose et d’avoir réussis! Réunir le Nordet et le CCCP ensemble a été pour moi un ultime bonheur. J’étais exactement à la bonne place, au bon moment! Mission accomplie grand-maman! J’ai trouvé quelque chose qui me permet de me dépasser et d’aller toujours plus loin… Et le plus beau dans tous ça, c’est qu’à chaque fois, J’ai l’impression que tu roules avec moi!