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Un 1er Championnat Canadien sur route pour Équipe CCCP

publié le 3 juil. 2013 à 07:50 par Club Cycliste Cycle Pop   [ mis à jour : 13 janv. 2014 à 13:40 ]
Natacha Migneault @nMigno | 3 juillet 2013

Vendredi le 28 juin, Natacha Migneault et Bertrand Huppé, membres de l’Équipe CCCP, ont pris le départ de l’épreuve longue sur route des Championnats canadiens 2013.
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Le mois de juin n’ayant pas été très bon pour moi physiquement dû à une blessure suivi d’un méchant virus, mon objectif pour les Championnats canadiens sur route 2013 se limite à simplement compléter l’épreuve longue sur route.

Parcours 2013 Maîtres D-E-F

C’est donc avec plus ou moins d’enthousiasme sous les vents, la pluie et 11°C que je prends le départ de l’épreuve de 95 km et 1107 mètres de dénivelé positif en compagnie de mes courageuses rivales canadiennes des catégories Maître E et F. Toutes semblent plutôt relaxes, sauf pour celle qui allait remporter le titre, les jambes tremblantes sur la ligne de départ.

Les 2 premiers km sont contrôlés, puis le vrai départ est lancé : les filles ne s’énervent pas trop, ça roule 35-59 km/hre sur un faux-plat descendant. On se rappelle qu’il tombe des cordes, donc tout va bien.

KM 24 : La première côte à se pointer sur notre chemin, de catégorie 3, la Montée Notre Dame, est attaquée avec beaucoup d’aisance de la part du groupe avec une vitesse moyenne de 26.3 km/hre. Mon coeur monte à 179 bpm, cela m’offre l’échauffement que je n’ai pas fait pré-course... Honte à moi. Je suis étourdis, mais pas larguée, comme d’autres.

De l’Équipe CCCP, à gauche Natacha Migneault. À l’extrême droite, la championne canadienne sur route 2013, Pascale Gagnon, AC Vélo Gare. Photo ACVQ

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Immédiatement suivi d’une côte catégorie 4, la Montée rang 5, est complétée à une vitesse moyenne de 25.5 km/h par les maîtresses. Aux derniers mètres de cette 2e montée majeure, toutes les raisons de cyclistes me font laisser un assez grand espace derrière mes coéquipières, obligeant les voitures de supports et secours à me séparer du peloton. C’est une spectatrice hurlant “DON’T LET THEM GOOOOOO! THEY’RE JUST THEEERE! DOOON’T LET THEM GO!” qui me donne la force de pédaler un bon coup et retrouver le groupe pour la 3e ascension majeure de la course quelques km plus loin, catégorie 4... Un petit 4.5% de pente moyenne sur 2.1 km. Carole Vanier, championne du monde 2011 chez les maîtres F, prend un peu d’avance, “rien à paniquer, elle ne peut pas se sauver seule” me chuchotte une coureuse. Ma fréquence cardiaque atteint à peine 82% de son maximum pour rester dans la course.

Jusque là, Pascale Legrand, championne 2012, est toujours positionnée au même endroit, soit en tête de peloton et gagne une fois de plus tout mon respect. La moitié de la course est complétée autant en distance qu’en ascension.

KM 46 : Haaa et merde! J’avais bien étudié le parcours, je craignais ses aspects techniques et voilà les deux virages serrés consécutifs en descente juste là, devant nous, qui allaient me donner du fil à retordre. Le groupe prend le premier virage avec 9% de denivelé descendant à 40 km/h, puis accélère encore plus pour se diriger vers le 2e virage encore en descente à toute vitesse… épeeeurant d’entamer une telle manœuvre pour moi! Les filles se sauvent et je ne les revois plus.

KM 48 : Tournant majeur avec vents de face. Je descends vraiment pas vite; au plus 33 km/h malgré la force mise sur les pédales, puis grimpe du mieux que je peux; au plus 16 km/h. J’avais l’impression de reculer à cause du vent, avec un léger espoir de rattrapper des cyclistes que je vois, largués, devant.

KM 59 : Je rejoins finalement les cyclistes, lesquels je ne reconnaîs pas... Des hommes Maître D ayant pris le départ 5 minutes avant moi. Quel petit bonheur d’encouragement de passer ces vétérans, qui auraient pu être mes paternels, au passage de Val-Racine par le chemin Piopolis.

KM 66
: Ce sont les pieds complètement gelés et très découragée que je regarde les vaches et le beau paysage me disant qu’il y aurait de meilleures conditions pour faire du cyclotourisme : “Pédale Migneault! T’es là pour finir l’épreuve, c’est ton seul objectif. ALLER!”

KM 80 : Je vois les lumières de voitures de supports sur la côte devant. Je ne comprends pas. Impossible d'avoir rejoint le peloton femme à moi seule dans ce temps pluvieux et venteux ainsi qu’avec mes faiblesses techniques. Petite dose de motivation, j’oublie que ça n’est plus amusant et je continue mon chemin.

KM 82 : “C’est interminable cette course!” Je roule seule sous le torrent dans l’accotement du boulevard Jean Marie-Tardif. Les vans me passent dangereusement m’envoyant à chaque fois leurs restes de tempête... Maudit que je m’ennuie de mon lit douillet, je persévère vers mon objectif.

KM 90 : Sur le bord de la route, je vois une pancarte “Championnat canadien 5km”. “ENFIN!” Puis une autre indiquant 4km, puis 3km... puis des flèches au sol indiquant “à gauche” … “QUOI!? À gauche!?!” Je suis confuse. Ayant étudié mon chemin, tel une bonne coureuse, je sais devoir tourner à droite, je ralentis donc de façon considérable à l’angle de la route 204 pour me faire confirmer par le pompier bénévole en charge de sécuriser l’intersection pour moi que ma course se poursuit bien “de CE côté, à gauche.” Sceptique, je fais confiance aux flèches au sol confirmés par le pauvre bénévole pour poursuivre mon chemin dans la mauvaise direction vers une belle dernière ascension. J’en ai vraiment marre, je suis trempée, j’ai les pieds gelés, le cuissard plein de sable. Je ne vois jamais la pancarte 2 km, ni 1 km... Le paysage devant moi est à couper le souffle. “Tant qu’à avoir montée, fait-toi plaisir Migneault et laisse-toi descendre!”

“QUOI!? À gauche!?!” Je suis confuse. Ayant étudié mon chemin, tel une bonne coureuse, je sais devoir tourner à droite, je ralentis donc de façon considérable à l’angle de la route 204 pour me faire confirmer par le pompier bénévole en charge de sécuriser l’intersection pour moi que ma course se poursuit bien “de CE côté, à gauche.” Sceptique, je fais confiance aux flèches au sol confirmés par le pauvre bénévole pour poursuivre mon chemin dans la mauvaise direction...

KM 96 : Je cesse toute activité, traverse la rue (à pieds) et lève mon pouce bien haut. Une très gentille femme qui s’adonne à travailler sur la course arrête son gros Escalade pour me ramener à Lac Mégantic où l’on considérait envoyer du secours à ma recherche.

L’arrivée : mon coéquipier Bertrand m’attend, inquiet. Je ne le sais pas encore: il est en panique totale (son Mégantic). Je ne sais pas si je dois être fâchée ou découragée de ce qui m’arrive mais après tous ces efforts perdus, j’ai le goût de pleurer. La commissaire est désolée pour moi et fait rectifier les flèches de la course de la veille à 3 km de l’arrivée pour éviter cette même confusion chez les coureurs de l’après-midi.

Je trouve finalement réconfort dans des vêtements chauds et secs ainsi que dans le chocolat chaud gentillement offert par les bénévoles, sympathisants de mon état, sous la tente Métro. Puis j’ai la chance de recevoir les précieux conseils des autres championnes avec qui je copine pendant que nos hommes souffrent leur 110 km.

Bref, après cette longue journée je m’encourage en me disant que j’acquière de l’expérience. Encore une fois, la course n’est pas seulement une question de condition physique, mais beaucoup de confiance, stratégies et d’habiletés. Puisqu’il n’y a pas d’argent en jeu chez les maîtres femmes, la très grande majorité le fait sans compromis, par pur plaisir et pour l’honneur et aucun test anti-dopage n’est généralement réalisé.

Un grand merci à l’organisation du championnat, qui en soit fut très bien.

Tous les résultats : cyclingcanada.ca/.../2013-championnat-route-canadiens/



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