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Un hollandais aux championnats canadiens

publié le 7 juil. 2015 à 11:24 par Club Cycliste Cycle Pop   [ mis à jour le·11 juil. 2016 à 14:15 par Marc-André Genest ]
Simon van Bellen | 7 juillet 2015

C’est jeudi matin et je me dirige vers Thetford Mines en sachant que je ne pourrai jamais gagner le contre-la-montre ni la course sur route du samedi. Ce n’est a priori ni un manque de jambes ou de volume pulmonaire, mais bien un manque de citoyenneté canadienne. Heureusement, les résidents permanents ont le droit de participer, quoiqu’ils ne pourraient pas parader sur le podium. Mais bon, on s’en fout!

En étudiant le parcours du contre-la-montre des semaines à l’avance, j’hésite longtemps quant au vélo à choisir : celui de contre-la-montre, relativement lourd car en aluminium, qui permet une position agressive et donc très aérodynamique, ou bien le vélo de route, avec comme avantage sa légèreté. En plus, j’ai le choix entre une roue pleine ou une roue à rayons, plus légère. Les questions se posent car le parcours est assez particulier. En se fiant à mapmyride on pourrait dénombrer pas moins de 12 côtes pour un dénivelé de 422 m sur 28 km, le tout sur le Chemin des Bois-Francs. Finalement, je tranche pour le vélo de route.

Au départ s’observe la routine habituelle des adversaires, sous leurs tentes, s’échauffant sur des trainers…et tous sur les vélos de contre-la-montre. Pas grave, peut-être qu’ils ne connaissent pas mapmyride et ils n’ont assurément pas eu accès aux informations privilégiées de notre homme du coin, Bertrand Huppé.

Échauffement intense, parce que dans un contre-la-montre, on ne niaise pas : on fonce dès le départ. 13h01, c’est mon tour! Je descends le podium du départ comme un pro, virage à droite, petite descente, et ça monte déjà à 10%. Ouf! Difficile de garder le rythme. Il faut souvent changer de vitesse, ce qui m’oblige à changer ma position parce que les shifters ne se trouvent pas sur mes barres aéro. Vent de face! Il vente fort. Descente, plus grand braquet alors! Et ensuite ça monte, plus petit, spinner, pas sprinter! J’essaie de prendre un rythme, mais il n’y a pas de magie dans le 53-39 fois 11-25, la combinaison du vent et des côtes rend tout effort difficile.

Cette bataille durera 44:57, ce qui me donne le 7e rang au classement. Deux minutes cinquante six secondes derrière le gagnant, mais à seulement 31 secondes du podium. Suis-je content? Peut-être que j’aurais dû prendre l’autre vélo? Ça ne change rien; après demain, c’est la course sur route, j’ai déjà hâte.

Durant les championnats cette année, l’équipe Club Cycliste Cycle Pop vit le luxe de demeurer dans l’hôtel Huppé, où se trouvent une cuisine complète pour la préparation des betteraves; des lits confortables et un garage où l’on peut ranger et ajuster le matériel.


Samedi 5h55: je sors du réfrigérateur la formule magique composée d’une tasse d’avoine trempé dans du yogourt et du lait pendant la nuit. Un beau matin. Il fait 14 degrés; juste correct pour les manches courtes; pas de vent. Départ à 8h30, je suis à la première rangée derrière la ligne. On part et ça reste tranquille. Sept tours de 20 km chacun. Je reste en avant dans le premier tour, avare d’échappées. Mais il ne se passe pas grande chose. Il y a quelques gars de l’équipe ABC, une gang de Scott-Rackultra, des Laferté; s’il y a des échappées, ils s’en occuperont sûrement. Les premiers tours je me laisse alors trainer en arrière, où je trouve Sylvain. On a même le temps de jaser!

Le parcours est assez plat, à la moitié de chaque tour il y a une montée de 200 mètres de long à 4% environ. À la fin, après une descente raide avec des virages, il y a un petit kick à 12%, suivi de quelques virages puis de l’arrivée. Je bois, je mange, je rate une bouteille que Bertrand me tend, mais j’attrape celle de Sandrine. Puis je reste au milieu et en arrière du peloton.

Trois tours de la fin, il y a une échappée : Jérôme Fradette et un gars assez petit. Ils prennent vite une avance et on ne les voit plus. Bon, c’est fait, j’ai l’impression que l’histoire de cette course vient de se terminer, ce sont de bons rouleurs et personne ne les chasse. Un tour et demi avant la fin, à la fin de la petite montée, je me retrouve en avant et je continue sur mon rythme. Je m’échappe moi-même! Les autres ralentissent, j’ai dix mètres, vingt, trente, je regarde derrière et j’accélère. Un gars assez costaud vient vite me rejoindre. On roule fort et, une minute plus tard, un autre s’ajoute, pas mal plus petit. On est trois, 15 secondes en avant! Mais les deux sont vraiment forts, j’ai déjà de la misère à prendre des relais. Je reçois d’ailleurs des remarques là-dessus. Mais je ne peux plus! Je me laisse trainer un peu. Deux minutes plus tard, je me rends compte qu’ils sont coéquipiers. Ça change les choses. Peut-être qu’ils vont me tolérer un peu plus maintenant, du moins c’est ce que j’espère, parce que si on reste en avant, ils n’auront pas trop de misère de me battre à deux.

On passe par l’arrivée, c’est le dernier tour, il reste 20 km. On ne voit pas Jérôme et l’autre échappé en avant, ils doivent avoir une minute d’avance au moins. L’ardoisier nous montre qu’on a 25 secondes d’avance. Puis le petit s’envole. Ce n’est même pas un démarrage : à chaque coup de pédale il prend un mètre sur moi. Impossible de le rattraper. Je regarde derrière moi. Le costaud ne dit rien, il regarde. Je lui demande c’est quoi l’idée, de partir si loin tout seul, le petit doit être fou. Il aurait fallu rester ensemble; à trois, on aurait collaboré pour maintenir notre avance! C’est de la folie, un suicide! Je commence à chasser, mais je ne suis pas assez fort, bien sûr. C’est foutu. Étrangement, le costaud prend des relais, il chasse son coéquipier! Moi, je trouve ça quand même sympa. Mais on se fait rattraper, c’est certain. Je regarde derrière, je vois le peloton, il doit rester une quinzaine de secondes. Quelques kilomètres plus tard, c’est fini. Je me laisse dépasser par le peloton, je retrouve Sylvain en arrière. Plein d’adrénaline, je lui raconte tout. Le peloton ne va pas si vite, je trouve.

Je ne me mêlerai pas au sprint. Trop dangereux, trop sinueux. Et d’accord, je suis un peu fatigué. Il y a deux chutes dans le dernier kilomètre. Je réussis à peine à contourner l’une des deux. Sylvain est juste derrière moi, on franchit l’arrivée.

(Après l’arrivée, j’apprendrai toute l’histoire de cette course: Jérôme et l’autre gars, les échappés, avaient chuté ensemble deux tours avant la fin, dans la zone de ravitaillement, avant même mon échappée. Jérôme avait abandonné. L’autre gars avaient rembarqué sur son vélo et s’était fait rattraper par le peloton ensuite. Ce deuxième gars, c’est le petit qui se retrouvera dans mon échappée ensuite…et qui gagnera la course avec deux secondes d’avance. Alors ce gars-là est une vraie machine et s’appelle finalement Dan Doddy. Et je peux conclure en citant l’auteur de bestseller et ancien coureur cycliste Tim Krabbé : il n’y a pas pire façon de suivre une course cycliste qu’en y participant).

Je fini 24e la course, bien content et premier hollandais dans un championnat canadien.

Résultats Maîtres A